LETTRE APPROUVÉE PAR LE FILTRE À FAUTES
Chers jeunes de l'avenir,
Je m'appelle Maxime. J'ai treize ans, mais tout le monde au village dit que j'ai déjà la taille d'un homme. Il faut dire que je suis bâti solide, comme mon idole, Jos Montferrand. Je ne vais pas souvent à l'école parce que mon oncle m'apprend tout ce qu'il faut savoir sur la terre, les bœufs et le bois le soir à la maison.
Pourtant, cette semaine, j'ai appris que le pupitre de mademoiselle Tremblay avait disparu. Le lendemain, je suis donc allé à l'école pour voir ça de mes propres yeux. La maitresse sans son pupitre, ça m'a coupé le souffle... Qui peut être si méchant pour faire une telle chose à une si gentille demoiselle ? Puis, samedi, elle m'a demandé de venir. Elle avait besoin de mes bras. C'est moi qui ai dû aller le chercher au moulin à scie. C'est lourd un pupitre, mais pour moi, c'est comme porter un panier de pommes.
Ma maitresse dit que j'ai une force de géant, mais que mon écriture doit devenir plus douce. Elle m'a aidé à corriger mes fautes pour que vous puissiez me comprendre là-bas, dans votre siècle. Elle dit que savoir lire est une force aussi grande que de savoir défricher un arpent de forêt. Je ne suis pas certain, mais je crois qu'elle a raison. Je vais essayer de venir la voir plus souvent. Elle est si gentille... Peut-être qu'elle aura encore besoin de mes bras...
À mon âge, on se pose des questions sur notre avenir. Quand mes parents sont décédés, j'avais six ans. Le typhus a tué beaucoup de personnes cette année-la. Mon oncle, qui était bien installé à Prologue nous a recueilli ma soeur, mon frère et moi et nous a adoptés. Nous sommes maintenant leurs trois enfants. C'est sur que cultiver la terre me plairait, mais je ne suis pas certain.
Voyez-vous, mademoiselle Tremblay m'a donné des livres à lire. Je viens de terminer «Le Comte de Monte-Cristo» ; j'en suis encore tout ébloui. Edmond Dantès utilise son intelligence pour s'évader, mais il sait aussi se battre et naviguer. J'ai aussi lu «Notre-Dame de Paris» et elle vient de me prêter «Les mystères de Paris». Ça raconte les aventures du prince Rodolphe. Ça me fait tourner la tête... ça doit être extraordinaire et magnifique, Paris. J'aimerais beaucoup y aller. Mais, lire me fait rêver et m'ouvre des possibilités... Dites-moi, chez vous, apprend-on encore aux garçons de treize ans à se servir de leurs mains, ou bien l'instruction a-t-elle remplacé le labour ?