Le marguillier Ignace Papineau tient mordicus aux vieilles coutumes pour le mariage de son fils. Ce récit raconte comment le bon sens et l'esprit de la future mariée, Jane-Édith Caldwell, ont su désamorcer une crise familiale provoquée par des « épreuves » ridicules.
Le malaise des épreuves nuptiales
À l'approche du mariage de Luc Papineau (censive 2440) et de la charmante Jane-Édith Caldwell, un malaise étrange s'était installé entre le jeune homme et son père, Ignace Papineau (censive 2040). La source du conflit n'était ni la dot, ni la religion de la future mariée, mais une série d'idées farfelues qu'Ignace avait extraites d'un vieil almanach sur les « coutumes des anciens ».
Ignace, en sa qualité de marguillier et de gardien des traditions, s'était mis en tête que pour qu'un mariage avec une « fille des îles » (comme il appelait Jane-Édith en référence à ses origines irlandaises et écossaises) soit fertile et béni, le futur époux devait prouver sa valeur en accomplissant trois épreuves absurdes. Il harcelait son fils sans relâche, insistant pour qu'il démontre sa capacité à « charmer la terre ».
La première épreuve, disait-il, était de faire tourner trois fois sur elle-même une poule en lui chantant une berceuse, pour prouver sa patience. La seconde était de planter une graine de foin exactement au centre d'une motte de terre lancée en l'air, pour prouver sa dextérité.
Luc, un jeune homme pragmatique et amoureux, trouvait ces exigences humiliantes et ridicules. Le malaise grandissait de jour en jour, transformant la joyeuse attente du mariage en une guerre de silence et de regards exaspérés entre le père et le fils.
Le Souper de la Réconciliation
Pour tenter d'apaiser les tensions, Marie-Louise Larose, l'épouse d'Ignace, organisa un grand souper de réconciliation, invitant Luc et Jane-Édith dans la maison familiale de la censive 2040. L'atmosphère était tendue. Les compliments sur le rôti de porc semblaient forcés, et la conversation peinait à trouver son rythme.
Soudain, au milieu du repas, Ignace posa sa fourchette avec un bruit sec. D'un air solennel, il sortit une petite bourse de cuir de sa poche. « Luc, mon fils, » commença-t-il d'une voix de sermon. « Tu as refusé les épreuves de la terre. Soit. Mais il en est une que tu ne peux refuser, celle de l'esprit. »
Sous les regards stupéfaits de l'assemblée, il renversa le contenu de la bourse sur la table : une poignée de grains de maïs. « Pour prouver que tu as la concentration nécessaire pour diriger un foyer, tu dois, avant la fin de ce repas, empiler ces sept grains de maïs les uns sur les autres, en équilibre. Si la tour tient, le mariage aura ma bénédiction. Si elle tombe... »
Un silence de mort s'abattit sur la table. Luc, le visage cramoisi de colère et d'embarras, regarda son père comme s'il avait perdu l'esprit. « Père, c'est une folie ! Je n'y participerai pas ! »
La querelle était sur le point d'éclater, menaçant de ruiner la soirée et peut-être même le mariage. C'est alors que Jane-Édith Caldwell, qui était restée silencieuse, intervint avec un calme désarmant. « Monsieur Papineau, » dit-elle d'une voix douce mais ferme, en s'adressant à son futur beau-père. « Je comprends votre souci de vous assurer que votre fils est un homme patient et habile. Permettez-moi de vous rassurer. »
Avec une grâce infinie, elle tendit la main, prit délicatement sept grains de maïs et, sous les yeux ébahis de tous, les empila en une petite tour parfaite qui tint en équilibre au milieu de la table. Elle leva ensuite son regard pétillant de malice vers Ignace. « Voyez-vous, » poursuivit-elle avec un sourire en coin, « sur la censive 2440, le chef de famille aura une épouse qui a assez de patience et de dextérité pour deux. Nous ne manquerons de rien. »
La simplicité et l'esprit de sa réponse prirent Ignace complètement au dépourvu. Il la fixa un instant, stupéfait, puis son visage sévère se fendit d'un large sourire, avant d'éclater d'un rire franc et sonore qui fit trembler la vaisselle. La tension se brisa d'un coup. Il regarda son fils, non plus avec défi, mais avec une nouvelle admiration pour la femme qu'il avait choisie. Le reste du souper se déroula dans la joie, et plus personne n'entendit jamais parler des "épreuves nuptiales" du marguillier Papineau.