Secrets d'Aurigène
CONFIDENCES
À propos du courage de Paulin

Le courage n'attend pas le nombre des années. Ce récit nous transporte dans la cour de l'école de Prologue, où Paulin Larose, malgré son jeune âge et sa main mutilée, a su faire preuve d'un sang-froid exemplaire pour sauver la petite Marie-Aimée d'un accident qui aurait pu être fatal.

Le Drame du Grand Chêne

Un grand chêne solitaire dans une cour d'école

La cloche de l'école venait de sonner la récréation, libérant une nuée d'enfants bruyants dans la cour. Sur le chemin du Manoir, un groupe de garçons s'était déjà formé pour une partie de billes endiablée, leurs cris ponctuant chaque tir réussi. Juste à côté, sur le terrain vague de la censive 2285, sous le couvert du grand chêne solitaire, la bande de Paulin Larose tenait conseil.

Paulin, malgré ses douze ans et sa main mutilée, était le chef incontesté. Assis en tailleur, il déroulait un plan griffonné sur un morceau d'écorce. « Pour la cabane, » expliquait-il d'une voix sérieuse, « il nous faut des planches. Eusèbe, tu iras voir au moulin à scie s'il n'y a pas des rebus. Pierre, toi, tu es chargé des clous. Vois avec ton oncle à la forge. Denis, il nous faut de la corde solide, celle que le passeur n'utilise plus. »

Pendant que la bande discutait de son projet secret, un autre jeu s'était organisé au pied du grand chêne. Quelques enfants plus âgés avaient attaché une vieille corde à une branche basse et se balançaient tour à tour au-dessus d'un parterre de racines noueuses. La petite Marie-Aimée Dubois, la fille de l'aubergiste âgée de quatre ans, les regardait avec des yeux envieux. Un grand gars, un journalier venu d'une autre côte, la hissa sur la corde. « Allez, la p'tite ! Montre-nous si t'as du cœur ! » la défia-t-il en la poussant plus fort.


Soudain, un craquement sinistre se fit entendre. La vieille corde, usée par le temps et les intempéries, céda. Mais elle ne rompit pas entièrement. La petite Marie-Aimée ne tomba pas ; elle resta suspendue par un pied, la cheville douloureusement prise dans un nœud effiloché, se balançant mollement à dix pieds du sol, la tête en bas. Un silence de mort tomba sur la cour d'école, suivi d'un cri de terreur.

Les enfants étaient pétrifiés. La maitresse d’école, alertée, était encore trop loin. Le grand gars qui avait poussé la fillette, le visage blême, restait figé, incapable de réagir.

Ce fut Paulin Larose qui brisa la paralysie. « Arrêtez de brailler ! » lança-t-il d'une voix qui claqua comme un coup de fouet. Son regard balaya la scène, évaluant la situation en une seconde. « Eusèbe, Denis ! Grimpez à l'arbre, de l'autre côté du tronc, pour ne pas faire bouger la branche ! Vous couperez la corde au-dessus du nœud avec mon couteau. Michel, François-Régis, vous et les plus grands, vous allez faire un tas avec toutes les capotes et les manteaux juste en dessous pour l'amortir si elle tombe ! Reine, Édith, courez chercher le docteur Harris et ma mère ! Allez ! »

L'effet fut instantané. Galvanisés par le commandement clair et précis de Paulin, les enfants se mirent à l'œuvre. Un tas de vêtements s'amoncela rapidement sous la petite forme suspendue. Dans l'arbre, Eusèbe et Denis, le cœur battant, atteignirent la branche et commencèrent à scier la corde avec le couteau de Paulin.

La corde céda d'un coup. La petite Marie-Aimée tomba, mais sa chute fut amortie par le tas de manteaux. Elle gisait, inconsciente, mais elle respirait. Au même moment, mademoiselle Élisabeth Tremblay et Jérémie Larose arrivaient en courant. Paulin, malgré le chaos, était déjà à genoux près de la fillette, lui parlant doucement pour la rassurer. Le pire avait été évité, non pas par les adultes, mais par le courage et le sang-froid d'une bande d'enfants, menée par un jeune chef qui venait, en un instant, de prouver sa valeur à tout le village.