Échos de Prologue

Ce qui se dit à l'Auberge.

Par Jane-Édith Caldwell

Aux gens de l'Avenir,

Mon nom est Jane-Édith Caldwell. J'ai 19 ans. Mon père est le marchand Peter Caldwell, mais moi, je gagne ma vie. Je suis femme de chambre à l'Auberge l'Harfang des Neiges, ici au village. On m'a demandé d'écrire ceci pour votre "Blogue", et puisque j'ai l'habitude d'écrire (et d'écouter), j'ai accepté.

Cet automne est very sharp (très vif). Le vent de la rivière s'engouffre dans le chemin et les clients de l'auberge ramènent des tonnes de boue sur le plancher que je viens de laver. Les chambres sont froides. Il faut monter du bois pour les cheminées du matin au soir.

Mon travail à l'auberge, ce n'est pas de tout repos, I tell you. Il faut changer les draps (et croyez-moi, certains voyageurs laissent des lits dans un état...), vider les pots de chambre, refaire les feux et balayer. Mais le vrai travail, c'est de garder les oreilles ouvertes. Une auberge, c'est le meilleur endroit pour tout savoir. Les hommes d'affaires parlent trop fort, les couples se disputent à voix basse, et les politiciens croient que personne n'écoute. Moi, j'écoute tout.

L'envers du décor

Tenez, l'autre semaine, il y avait ce marchand de bois de Sorel. Un loud mouth (une grande-gueule) ! Il était dans la salle commune et payait la tournée à tout le monde, parlant de ses contrats, de son argent, de sa grande maison.

Plus tard dans la soirée, je montais des couvertures propres pour la chambre voisine de la sienne. La porte était mal fermée. Je l'ai entendu qui marchait de long en large, en se parlant à lui-même. Il disait : « Mon Dieu, je suis ruiné... Que vais-je dire à ma femme ? C'est la fin... »

It was quite the show! (C'était tout un spectacle !) J'ai continué mon chemin sans faire de bruit. Les gens sont bien différents quand ils se croient seuls.

Vanité et portraits

Mais ce qui a vraiment fait jaser tout le village, et surtout les clients de l'auberge, ce fut le dévoilement des portraits que le Seigneur a commandés. Oh my! (Oh là là !) Pendant deux jours, je n'ai servi que des chopes en entendant les critiques.

Le Capitaine Eustache Lavoie était ici, assis près du feu, et il n'arrêtait pas de dire à quel point l'artiste avait bien saisi son "regard d'aventurier" et "l'âme du marin". Il a payé une tournée à quiconque voulait bien admirer la copie qu'il gardait sur lui. Son orgueil prenait plus de place dans la salle que son hangar sur le quai !

Une visite du Docteur

Hier, le Docteur Charles Harris (qui habite la censive 3070) est venu à l'auberge. Pas pour boire, mais pour voir un voyageur qui s'était blessé à la jambe en descendant de sa diligence. Je l'ai croisé dans le couloir, il sortait de la chambre 3 avec sa grosse sacoche.

« Alors, Docteur ? Il va survivre, notre voyageur ? » lui ai-je demandé.

Le Dr Harris a soupiré. C'est un homme bon, il a l'air toujours fatigué. « Il survivra, Miss Caldwell. C'est plus de peur que de mal. Mais avec ce temps humide, la plaie pourrait s'infecter. Je lui ai dit de rester au lit. »

« Il va se plaindre, » j'ai dit. « C'est un homme impatient. »

« Indeed. (En effet.) » m'a-t-il répondu avec un petit sourire. « C'est souvent le cas. Les gens sont plus doués pour attraper des maux que pour écouter les remèdes. Dites-moi, le feu est-il pris dans la salle commune ? J'ai les doigts gelés. »

Mes mains sont faites pour tordre les draps et balayer, pas tellement pour tenir une plume. Mais c'est un drôle d'exercice, de vous écrire. C'est presque aussi indiscret que d'écouter aux portes... mais au moins, cette fois, on me l'a demandé. J'espère que vous, dans le futur, vous avez encore des auberges. Sinon, où allez-vous pour apprendre les vraies nouvelles ?

Jane-E. Caldwell