Le carnet de bord de Paulin.
Par Paulin Larose
Aux gens du Futur (si vous existez pour de vrai),
Mon nom est Paulin Larose. J'ai 11 ans. On m'a demandé d'écrire ici parce que Mademoiselle Tremblay dit que j'ai une bonne plume. La vérité, c'est que je suis le seul enfant qui n'a pas peur de M. Casimir Paré et de sa machine bizarre.
L'automne, c'est la meilleure saison ! Le vent souffle si fort qu'on peut faire semblant d'être des capitaines de navire sur la colline. Il y a de la boue partout, ce qui est parfait pour les pistes. Les grands disent que le ciel est triste, mais moi je trouve qu'il a du caractère.
Mon vrai travail
J'ai deux "travaux". Mon travail officiel, c'est d'être apprenti chez moi avec mon père qui est le cordonnier du village. J'apprends à couper le cuir et à cirer les bottes. C'est un travail qui sent bon, mais mon père dit que je suis distrait.
Mon vrai travail, c'est d'être le chef de ma bande. Les membres de ma bande sont d'abord mes cousins Eusèbe et Pierre Lambert et puis, ma soeur Édith; des amis de toujours, Bernard Hamelin, Denis Tremblay et sa soeur Reine; les jumeaux, François-Régis et Michel Martin, dit Tudor. Il y a aussi le petit Thomas, et même la petite Édith Desrosier (la fille de Michel) qui nous suit partout. Je la protège, parce qu'elle est maligne mais encore petite. On travaille à notre cabane dans les arbres. C'est bien plus important que de ressemeler les bottes du Notaire.
Le bond du Notaire
Parlant du Notaire, M. Laprise ! La semaine dernière, il marchait sur la rue, raide comme un piquet, en lisant ses papiers. Ma bande était cachée derrière la clôture de l'auberge.
Quand il est arrivé à notre hauteur, j'ai fait le cri de l'outarde, très fort. M. Laprise a fait un bond de deux pieds dans les airs ! Ses papiers se sont envolés partout dans le vent, jusque dans les flaques de boue. Il nous a vus et a crié : « Petits démons ! Vous serez punis ! » On a filé comme des lièvres. Même Édith courait vite. C'était la meilleure course de l'automne.
Le plus malin du village
Ce qui m'a le plus marqué, c'est quand M. Paré a expliqué que nos textes iraient vraiment dans le futur. Je croyais que c'était une histoire pour les grands. Mais il nous a montré les lumières sur sa machine. Je me suis demandé... si vous pouvez nous lire, est-ce que vous pouvez nous voir ? Est-ce que vous savez qu'on a fait une cabane dans le coin de l'étang des Chats noyés? Ça m'a donné des frissons.
Hier, j'ai été porter une paire de bottes neuves chez M. Augustin Lebeau, le journaliste. C'est lui qui écrit les Chroniques, il sait tout. Je l'ai trouvé sur son perron, il prenait des notes dans un petit cahier.
« Alors, Paulin, » m'a-t-il dit, « quelles sont les grandes nouvelles de la rue ? » Je lui ai donné les bottes. « Pas grand-chose, M. Lebeau. Sauf que le Notaire Laprise a perdu tous ses papiers dans le vent. » M. Lebeau a souri. « Ah oui ? Et le vent avait un complice, peut-être ? » « Le vent était tout seul, M. Lebeau, » j'ai répondu, très sérieux. Il a ri et m'a donné une pièce de un sou. Il avait tout deviné !
C'est fini. C'est bizarre d'écrire à des gens que je ne verrai jamais. J'espère que dans votre temps, vous avez encore le droit de courir dans la boue et de faire des grimaces au Notaire. Si vous ne faites que travailler chez le cordonnier, c'est que vous avez raté quelque chose.