Une querelle sur le chemin du manoir
La vie s'écoule rarement sans heurts, même dans un village aussi uni que Prologue. Sur le chemin du Manoir, une tension couvait depuis des semaines entre le faiseur d'agrès, Jérôme Lanoux vivant sur le lot 2252 et son voisin du lot 2253, le vieux charpentier Pierre Ménard et sa sœur Catherine.
Jérôme Lanoux est un artisan dans la force de l'âge, et son atelier est le théâtre d'une activité incessante. Le son du marteau sur le métal et de la scie sur le bois résonne du matin au soir. Sa cour est un désordre de roues de charrettes, de socs de charrues et de ferraille en attente de réparation, un chaos productif qui déborde souvent sur les limites de sa propriété.
Juste à côté, la vie chez les Ménard est d'un tout autre rythme. À 65 ans, Pierre et sa sœur Catherine, qui en a 68, aspirent tous les deux à la tranquillité. Le vacarme constant de l'atelier de leur voisin les épuise, et pire encore, il effraie le petit troupeau de moutons de Catherine, qui est sa seule richesse. La situation s'envenime lorsque Pierre retrouve une vieille lame de herse rouillée dans son enclos, manquant de blesser une de ses bêtes.
Après plusieurs tentatives de discussion, où le bouillant Lanoux, pressé par le travail, a poliment éconduit le vieil homme, Pierre Ménard se résout à chercher l'aide des autorités. Il ne se rend pas chez le juge de paix, craignant la lourdeur d'un procès, mais va plutôt trouver le capitaine de la milice, Jean Laprise, fils aîné du notaire.
Un après-midi, les villageois voient le capitaine Laprise, grand et imposant dans son uniforme, arriver sur les lieux. Il écoute d'abord avec patience les doléances du vieux Pierre Ménard, puis se rend chez Jérôme Lanoux. D'une voix ferme, mais juste, il lui rappelle les devoirs de voisinage et l'obligation de "tenir feu et lieu" sans nuire à ses voisins. Il inspecte la cour en désordre et le petit enclos des Ménard.
Devant l'autorité du capitaine, Jérôme Lanoux se montre plus conciliant. Jean Laprise, en homme pragmatique, ne distribue pas de blâme, mais ordonne une solution :
« Monsieur Lanoux, vous êtes un artisan essentiel à notre communauté, mais votre travail ne doit pas empiéter sur la paix de vos aînés. D'ici la fin de la semaine, vous érigerez une clôture de pieux solide entre vos deux terres. Quant à vous, monsieur Ménard, vous devrez accepter qu'un atelier ne puisse être silencieux comme une église. »
La querelle prend fin ainsi. Sous le regard approbateur du capitaine Laprise, les deux artisans, le jeune et le vieux, se serrent la main. La semaine suivante, une nouvelle clôture se dresse entre les deux censives, symbole d'un ordre rétabli non pas par la loi, mais par l'intervention juste et respectée du fils du juge de paix.