LA JASETTE DE PROLOGUE
Édition hivernale — Le mystère du sifflet de cristal
Divertissement et prodige sur le chemin Bordeleau
L’hiver a jeté son manteau blanc sur la seigneurie de Prologue, recouvrant les terres de près de trois pieds de neige. Le chemin Bordeleau, bien que bordé de bancs de neige à hauteur d’homme, reste praticable, permettant aux habitants de se rendre jusqu’au domaine seigneurial.
Sur la patinoire dégagée, l’activité bat son plein. Les adultes s’affairent à repousser les derniers flocons. Trefflé Bellerive, le passeur du village, manie la pelle avec la vigueur de celui qui a l’habitude de lutter contre les courants de la rivière Serpentine. Jérôme Lagibotière, le coureur des bois et journalier, apporte sa force tranquille, lui qui réside d’ordinaire à la résidence des employés du seigneur avec la famille Hamelin. James MacPherson, l’ingénieur écossais logeant à l’auberge Harfang des Neiges, s’est joint à la corvée, délaissant un instant ses plans de ponts et de chemins de fer. René Martin, habitant de la censive 2300, travaille d’un pas ferme, gardant un œil sur sa progéniture qui s’égaye à proximité.
Pendant ce temps, les enfants transforment l’épaisse couche de neige en un terrain de jeu infini. Les jumeaux de René Martin, François-Régis et Michel, âgés de dix ans, ainsi que les plus jeunes, Dominique et Bernard, six ans, multiplient les galipettes sous l’œil attentif de Jane-Édith Caldwell. La jeune domestique de l’auberge, d’ordinaire si prompte à écouter aux portes pour glaner des secrets, patine avec grâce, profitant de la fraîcheur hivernale.
Le mystère du sifflet de cristal
Alors que le soleil commence à décliner, jetant des ombres bleutées sur les congères, un son cristallin et étrange retentit soudain, fendant l’air froid. Ce n’est ni le cri d’un oiseau, ni le sifflement du vent dans les pins.
Michel Martin s’arrête net, le regard fixé vers le pied d’un immense érable en bordure du chemin Bordeleau. À demi enfoui dans la neige, un éclat de lumière pure attire son attention. Il s’approche et déterre un petit objet sculpté dans une matière translucide, ressemblant à un sifflet en forme de harfang des neiges.
Dès que Michel souffle dedans, un phénomène inexplicable se produit : la neige autour de lui semble s’animer. Les flocons se soulèvent en tourbillons ordonnés, formant des silhouettes dansantes qui imitent les gestes des patineurs. Les adultes s’arrêtent, pétrifiés par la beauté et l’étrangeté de la scène. James MacPherson, l’homme de science, s’approche, fasciné par cet objet qui semble défier les lois de la physique qu’il étudie tant.
Jane-Édith Caldwell, sentant une histoire mémorable à raconter à ses futurs clients de l’auberge, s’approche elle aussi. Elle reconnaît alors une gravure minuscule sur le socle du sifflet : « Quantique pour Aurigène ».
Ce sifflet, manifestement lié aux mystères de la machine spatio-temporelle de Casimir Paré, vient d’ouvrir une brèche de poésie dans le quotidien rude des habitants de Prologue. On racontera longtemps à l’auberge comment, par un après-midi de janvier 1853, la neige s’est mise à danser au son du cristal, rappelant à tous que la seigneurie cache encore bien des secrets entre ses bancs de neige et ses légendes.
🐈 L’œil de Chaconne
La neige qui danse ? Voilà qui est plus intéressant que des humains qui poussent des pelles. J'ai vu le petit Michel trouver ce jouet brillant. Ça brillait presque autant que les yeux d'une souris dans le noir.
James MacPherson avait l'air bien bête avec sa pelle en l'air, essayant de comprendre comment la neige pouvait faire des ronds sans vent. Moi, je sais bien que dans ce village, quand on trouve quelque chose qui porte le nom d'Aurigène, il vaut mieux s'attendre à ce que la réalité devienne un peu floue.
— Chaconne, qui préfère observer les flocons de loin, bien au sec.